Finissage de l'exposition SYMBIOSES / Samedi 13 juin

Il y a des œuvres que l'on regarde. Il y en a d'autres qui nous regardent. Celles d'Isabel Miramontes appartiennent à la seconde catégorie.

Il y a dans le parcours d'Isabel Miramontes quelque chose qui ressemble à un chemin de pèlerin et ce n'est peut-être pas un hasard pour celle qui est née à Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette ville-là n'est pas une ville comme les autres : elle est un point d'arrivée, un lieu où convergent des milliers d'histoires humaines et d'âmes en quête. C'est dans cette terre qu'Isabel Miramontes a ses racines, et l'on comprend mieux, devant ses sculptures, pourquoi le corps humain est au cœur de tout ce qu'elle crée.

C'est à Bruxelles qu'elle grandit et forge sa sensibilité, d'abord à l'Institut Sainte-Marie, puis à l'Académie des Beaux-Arts de Saint-Gilles où elle connaît d'abord la sculpture de l'intérieur, en tant que modèle. Puis les rôles s'inversent, et c'est elle qui observe, qui capte, qui crée. Elle y apprend à regarder, vraiment regarder, un corps en mouvement, à saisir en quelques traits de crayon ce que la pose a d'éphémère et d'universel à la fois. Puis, en 1994, la sculpture s'impose à elle comme une évidence. Elle ne la quittera plus.

Approchez-vous d'une sculpture d'Isabel Miramontes. Laissez votre regard glisser sur ces corps découpés en lanières de bronze, sur ces silhouettes que la lumière traverse autant qu'elle les caresse. Quelque chose d'étrange se produit alors : on ressent une présence là où il n'y a rien de vivant. Une tension douce, entre la matière qui retient et le mouvement qui s'échappe. 

Isabel Miramontes a fait du vide son matériau le plus précieux. Là où la tradition sculpturale s'obstine à remplir l'espace, elle, creuse, évide, tranche. Quand on observe ses personnages, c'est l'espace entre les lanières de bronze qui leur donnent vie. On peut penser aux bandelettes des momies, à la trace que l'on laisse davantage qu'au corps lui-même. Et pourtant, cette fragilité apparente dégage une puissance troublante.

Ce qui frappe, au fond, dans l'œuvre d'Isabel Miramontes, c'est que ses personnages n'appartiennent à personne et donc à tout le monde. Leurs visages à peine ébauchés, leurs traits volontairement suggérés plutôt qu'affirmés, leur refusent toute identité figée. Ils ne sont pas cet homme-là, cette femme-là… Ils sont l'homme, la femme, l'enfant, l'amoureux, le rêveur. Ils sont nous, hier, aujourd'hui, demain. C'est peut-être pour cela que personne ne reste indifférent devant ses sculptures : chacun y reconnaît quelque chose de lui-même, une posture familière, un élan que l'on croyait oublié, une émotion que l'on n'avait pas encore trouvé les mots pour nommer.

Face à la sculpture « Promesse » où le corps tout entier est tendu vers l'avant, on ressent physiquement ce souffle qui pousse à aller de l'avant, cette conviction que quelque chose de beau nous attend.

Devant « Amor » ou « Le Baiser », c'est une émotion plus intime encore qui nous saisit, celle que l'on n'ose pas toujours nommer. Un enfant contre une mère, deux corps qui ne font plus qu'un. Isabel Miramontes ne cherche pas à illustrer l'amour, elle le fait surgir directement en nous, comme un souvenir enfoui que la sculpture aurait le pouvoir de réveiller. On repart de ces œuvres-là légèrement différent de ce que l'on était en arrivant.

« Intimidad » porte en elle une histoire qui lui ressemble. Lors de sa création, la sculpture n'a pas survécu au passage au four, trop fragile, elle s'est brisée. Mais Isabel Miramontes a refusé de l'abandonner. Elle l'a reprise et retravaillée, jusqu'à la sauver. Cette œuvre est donc une rescapée, une survivante, et peut-être que cest pour cela qu'elle dégage une telle intensité. Dans chaque lanière de bronze, on devine sans le savoir la ténacité de celle qui l'a arrachée à la fragilité.

« Le Vent se lève », « Coup de vent », « Primavera »… Chaque titre est déjà une invitation à ressentir avant même de voir. Ces corps penchés, tendus, arrachés à l'immobilité par une force invisible nous rappellent que nous aussi, nous avons connu cet instant où quelque chose d'extérieur à nous nous a soudainement traversés.

Il y a aussi dans son œuvre une fascination profonde pour la solitude, non pas celle qui isole, mais celle qui recueille. Ses personnages pensifs, immobiles dans leur élan suspendu, semblent habités par une vie intérieure dense et silencieuse. Face à eux, on se retrouve étrangement seul avec soi-même mais dans le bon sens du terme. Cest comme si la sculpture créait autour du spectateur une bulle de silence bienveillant où quelque chose, enfin, pouvait se déposer.

Il serait réducteur de ne voir dans l'œuvre de Miramontes que gravité et profondeur. « Tango » nous entraîne dans un tourbillon de complicité, tandis que « Pair et Imper » nous offre la vision attendrissante de deux êtres blottis sous un même imperméable. On sourit, spontanément, sans y avoir été invité. Et ce sourire-là n'est pas anodin, il dit quelque chose d'essentiel sur notre façon d'être au monde, ensemble. 

Les patines des bronzes dIsabel Miramontes travaillées à la fonderie d'art Harzé à Tubize en Belgique, ne sont pas là pour impressionner. Elles sont là pour toucher. Bronze, minérale, parfois sombre, elles donnent à chaque pièce une chaleur presque organique. On a envie de poser la main dessus. C'est rare, pour du métal.

Chaque jour, dans son atelier baigné de lumière, Isabel Miramontes façonne la terre, cherche la forme juste, celle qui dira sans expliquer. Ce travail patient, presque méditatif, se lit dans chacune de ses pièces. On y sent une main qui a pris le temps, un regard qui n'a rien laissé au hasard. Et c'est peut-être cela, au fond, qui nous touche le plus : savoir qu'une autre présence humaine, attentive et sincère, est passée par là avant nous.

Ses œuvres ont rejoint les collections de grands noms, parmi eux, l'écrivain Amin Maalouf et s'exposent dans des galeries à travers le monde. La Melting Art Gallery les représente à Lille depuis 2011, et les présente dans les plus grandes foires d'art contemporain de la région, dont Lille Art-Up !

Venez les rencontrer. Parce que certaines émotions ne se lisent pas, elles s'éprouvent.

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